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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 20:03

Oui, la FFTT t’impose une nouvelle réforme.

Après le passage des équipes à 4 joueurs. Maintenant les rencontres en 14 points, au lieu des 18 matchs de la saison passée. Soit 3 simples et un double. Au lieu de 4 simples et un double par joueur. La situation est effectivement dramatique.

Les experts de la Hérain est mon royaume, montent donc une fois de plus au créneau.

L’équilibre fragile du pongiste français est perturbé. Et il s’agite en tous sens. Comme ton slip, accroché sur une corde à linge. Et livré au vent mauvais. Enfin, seulement si un jour te venait l’idée de le laver. Puis de le faire sécher.

Donc le mur des lamentations fait de nouveau Open-bar.

Parce que le joueur de ping-pong est une chialeuse.

L’agencement parfait de ton championnat autistique, dans lequel tu évolues depuis 30 ans, est bouleversé. Et tu t’exprimes. Mais comme Dustin Hoffman dans Rain Man :

« Les incapables de la FTT…Ils ont tué mon sport ! »

« Ils ont détruit la convivialité !.... Mon après-midi avec mes potes ! »

« Tant pis j’arrête. Je range ma raquette ! »

« Oh non alors…Je ne vais pas faire 300 km pour ne jouer que 3 matchs ! »

Mais pourquoi donc ?

Ce sera trop court et trop rapide ? Maman, elle, a pourtant pris l’habitude, et depuis longtemps.

Ton nouveau vernis à ongles Yves Rocher n’aura pas le temps de sécher ?

Ta nouvelle mise en plis Jean-Louis David ne sera jamais sèche?

Non.

Le malentendu réside dans le fait que le Championnat Français regroupe finalement deux catégories de pongistes :

- Les compétiteurs : les Shoguns, les prétoriens, aux mâchoires carrées et aux abdoches-tablettes de chocolat.

- et les hippies : mi-cool, mi- gras du bide, tendance youkaïdi-youkaïda, et Peace and Love.

Les premiers s’entrainent toute la semaine, comme des chiennes. Ne sont mus que par l’odeur du sang, comme les piranhas ou les murènes. Vont au match comme à la guerre. Urinent sur le corps de leurs ennemis, avant de les brûler. Et iront cracher sur vos tombes.

Les seconds tapent la balle toutes les trois semaines, et plutôt cinq minutes avant le match. Rigolent avec leurs adversaires. Mais en essayant quand même de les niquer (ça reste du ping). Et à la fin du match fument tous ensemble le calumet de la paix. Puis partagent un trois-feuilles, ou un encas au saindoux et au pâté. Ça dépend de la saison. Et des arrivages de ton dealer.

Alors c’est vrai que les seconds sont plus nombreux en départementale ou à l’échelon régional. Mais pas de règle ni de généralisation excessive. Toi aussi, tu connais à ce niveau des joueurs qui empaleraient leur sœur, tueraient père et mère, et seraient prêts déclencher la guerre thermo-nucléaire, juste pour gagner un match. Inversement, tu as déjà également croisé en Nationale des individus, directement sortis de la maison bleue, adossée à la colline. Oui, la maison où, ceux qui vivent là ont jeté la clé. Enfin, si on en croit Maxime Le Forestier.

Certains joueurs ont même connu les deux univers, les deux côtés de la Force. Mais sont désormais, pour la plupart, obligés de respirer comme des asthmatiques sous un gros casque noir. Et connaissent ton père. Mais seulement si tu te prénommes Luc.

Le match de championnat du week-end, pour les Archanges de la mort, reste donc la consécration de la semaine. Le mètre-étalon. Juste pour jauger de leur état de forme. Leur credo : Search, find and destroy. Les 300 kilomètres pour aller au combat, et en découdre avec l’adversaire, ne leur font pas peur. Ils les feraient à pied, ou en marche arrière. Avec le pas du moon-walk si nécessaire. Pour mémoire, en 1934 les gardes rouges ont marché 12000km à travers la Chine, pieds nus, et fouettés par Mao. Et au 7ème siècle avant Jésus Christ, les Juifs ont fait un footing de 40 jours en plein désert, aux côtés de Moïse. Juste pour l’échauffement.

Ne faire qu’un match ou deux ne bouleverse pas plus que cela ces machines de guerre. Du moment qu’au score acquis, ils peuvent respirer l’odeur de putréfaction qui monte des corps de leurs adversaires. Lorsqu’ils commencent à se décomposer sous les néons de la salle. L’odeur de la victoire. Presqu’aussi bonne que celle du napalm au petit matin. L’essentiel est en effet que le job soit fait. Et bien fait.

Alors effectivement cette mentalité de Spetsnaz ne sied pas aux Big Lebowski du ping-pong. Qui commencent par offrir un café à leurs adversaires du jour (sans y rajouter de Tranxène. Ce qui est une faute de goût). Leur glissent des fleurs dans les cheveux, en leur demandant des nouvelles de la famille. Toutes choses que n’aurait jamais, mais alors vraiment jamais fait, Kayser Sauze... On ouvre le sac de ping pour l’aérer, et laisser s’échapper les mites qui y séjournent depuis le dernier match. La compo est tirée à la courte-paille. Et on s’échauffe deux minutes. Enfin, surtout la langue.

Alors oui, convenons-en, il existe effectivement un championnat à deux vitesses.

Celui du fight, du combat, de la défonce, et du résultat. Que tu joues avec le polo en Mithril de Frodon.

Et celui du café du commerce, tendance belote ou mikado. Que tu joues en portant sur le dos la chemise rayée de Charles Ingalls.

Les deux modes de participation pourraient continuer à cohabiter dans la configuration actuelle du championnat. Mais il est vrai que ça revient à faire vivre sous le même toit, Winnie L’ourson et l’Exterminateur d’Alien.

Ne perdons toutefois pas de vue que l’objectif de la fédération, par cette réforme, est de raccourcir la durée des matchs. Afin de faciliter les enchainements de rencontres, dans des salles parfois saturées. Mais également d’abréger les souffrances du public. Reconnaissons-le : des matchs de 4-5 heures c’est beaucoup trop long. Des décès ont été signalés dans les tribunes, avec des morts d’ennui, ou de vieillesse.

Mais regarde donc cette nouvelle formule à 14, plutôt que 18 matchs.

Plus rapide : tu seras plus vite rendu à l’apéro. Et tu pourras t’empiffrer plus rapidement de bâtons de Berger, en évoquant les caprices de la météo et les variations pondérales de Gignac ou de ta copine.

L’arrêt au score acquis serait également un plus. Nous l’attendons avec impatience.

Car, quand tu te délectes de la compét, les matchs après la défaite, ou la victoire (si tu as la chance d’évoluer dans une équipe de gros chatteux), n’ont en effet plus du tout la même saveur. Un peu comme le goût des yaourts bulgares, light et au bifidus, que s’enfile maman.

Alors tu es déçu de ne pas jouer plus de matchs, lors de chaque rencontre de championnat ?

Mais il y a une foultitude de compétitions à côté : les quatre tours du critérium fédéral, les coupes départementales, les interclubs, les intertrucs, les interbidules, les compéts vétérans, les tournois, les finales nationales, le Bernard Jeu (mais qui changera cette année de formule et de nom, pour devenir nous l’espérons tous, le Bernard Game).

Bon admettons. Admettons que Maman ne te donne un billet de sortie, et ne t’autorise à faire QUE le championnat par équipes. Et uniquement le championnat par équipes.

Qu’est ce qui t’empêche, une fois le match terminé, de continuer à jouer avec tes adversaires du jour? De faire des tables montantes, une tournante, ou un beer-pong ? La salle sera prise par une autre rencontre ? Pas grave, tu files au resto avec tes copains, tu te goinfres, et tu reviens après pour la digestion. Pour retaper.

Tu vois, les spécialistes de la Hérain est mon Royaume n’ont que de bonnes idées à t’apporter. Avec nous, plus de problèmes : que des solutions. Et encore, on n’a même pas sorti le joker ultime : ton inscription en championnat UFOLEP. Dans lequel tu peux jouer en jean ou en tongs. Mais attention, autre règlement : après 3 nets de suite, tu perds le set. Et à 7/0, tant, pis, match perdu.

Pour nous, en fait, le plus gros malentendu réside surtout dans la schizophrénie paranoïde du pongiste français. Le ping-pong est un sport individuel, un sport de combat. Moins taffioleux que les échecs, mais plus fin et délicat que l’Ultimate Fight. Un sport individuel et égoïste. Un sport où il faut tuer. Ou être tué. Un sport où, au définitif, tu joues seul, tout seul, dans ton petit ben.

Comme Mowgli dans la jungle.

Et pourtant, depuis tout petit, on te conditionne, et on ne te lave le citron, que pour évoluer dans le championnat par équipes. La seule véritable compétition semble-t-il en France. Alors qu’en fait, intrinsèquement, et par essence, tu ne penses qu’à jouer pour ta gueule. En solo.

Combien de fois, alors que ton équipe venait de prendre 18/2, as-tu croisé le regard satisfait et triomphant d’un coéquipier. Juste parce que lui, ce fumier de lapin, avait remporté ses deux matchs ?

Non en fait le ping-pong est le seul sport individuel dans lequel on ne pense qu’à jouer en équipes. L’instinct grégaire et frileux de l’activité. Mais un peu sidérant au définitif. Un sujet sur lequel les psychiatres pourraient écrire des thèses. S’ils savaient enfiler des baskets. Et aligner deux tops.

Mais au final, un championnat par équipes qui sied de plus en plus mal à l’évolution des mentalités, toujours plus individualistes. Car désormais les joueurs ne veulent plus de carcan, ne veulent plus jouer que quand ils le souhaitent, comme ils le souhaitent. Plus de contraintes. Et les 14 journées de championnat en sont une désormais.

Tu penses que la chute des licenciés, les arrêts en rafale ou le grossissement annuel de ton pool de remplaçants, ne sont liés qu’à la réforme ?

Non.

Malheureusement l’érosion a commencé il y a bien longtemps. La réforme ne fait que l’accompagner, peut-être parfois en l’accélérant maladroitement, mais sans parvenir pour le moment à bloquer la spirale infernale.

Regarde la moyenne d’âge de tes coéquipiers. Sans parler de celle des arbitres et de tes dirigeants. Le tennis de table est un sport qui vieillit. Et qui vieillit mal. Moins de compétiteurs, plus de joueurs loisirs, et pour les pratiquants compétiteurs, ton gymnase qui ressemble de plus en plus à la salle à manger de la maison de retraite de Boulzicourt. On est quand même le seul sport où les gamins de 11 ans, grâce à leurs coéquipiers, en savent dix fois plus que n’importe quel gériatre sur la pathologie de l’adénome de prostate, les symptômes débutants de la maladie d’Alzheimer, et la météo des quinze prochains jours.

Alors oui, il est urgent de réformer. D’aller rechercher des jeunes. Et des féminines. Et pas seulement pour qu’elles te préparent tes sandwichs.

Car ton modèle de championnat par équipes, que tu connais depuis que tu es en âge d’atteindre seul l’urinoir accroché à l’extérieur de ta salle, semble avoir atteint ses limites.

Il faut renouveler le système.

Et si l’avenir résidait dans le développement des compétitions individuelles ? A type de tournois, à l’instar de ce qui se fait dans le tennis ? Plus dans l’air du temps, et des mentalités individualistes. Tu peux regretter cet état de fait, mais tu ne peux aller contre. Les joueurs s’inscriraient et participeraient, ou non, en fonction de leurs envies, du programme télé, de leur emploi du temps ou de celui de Maman. Tu pourrais toujours y rencontrer tes potes.

Tu es réfractaire au changement. C’est normal, tu es français. Et peut-être fonctionnaire.

Mais toutes ces réformes ne seraient-elles pas plus en adéquation avec l’évolution des mentalités ?

Alors c’est sûr, probablement pas ta mentalité, plus axée sur le bénévolat, la camaraderie et probablement la binouze. Tu peux pleurer sur ton défunt championnat par équipes. Mais note que tu chiales surtout sur ton passé, sur les robes vichy, le minitel, les disques de Sheila et Ringo. Et Patrick Hernandez.

Le ping-pong se meurt, et ton championnat est sous assistance respiratoire. Mais toi tu es définitivement Born to be alive.

Rassure-toi, les réformes ne t’empêcheront pas de continuer à jouer avec tes potes. Au besoin en retournant des plateaux en bois sur les billards, et le baby-foot, dans l’arrière-salle du Balto. L’avantage ?

Ben, tu seras déjà sur place pour l’apéro.

Oui, comme nous, le Dude se retrouva fort dépourvu, quand la réforme fut venue.

Oui, comme nous, le Dude se retrouva fort dépourvu, quand la réforme fut venue.

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