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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 17:52

INTRODUCTION:

PETIT GUIDE A L’USAGE DES MALOTRUS ET DES MALPOLIS DU TENNIS DE TABLE

Tout d’abord, en guise de préambule: un match de ping-pong, c’est un combat. Une lutte à mort.

On n’y peut rien, c’est comme ça : le tennis de table c’est l’affrontement de deux volontés. Mais avec parfois des esprits retors, et psychopathes. Donc si tu joues « pour le plaisir », pour le souhait « de rencontrer et de te faire de nouveaux amis », pour « passer un bon moment en présence d’adversaires sympathiques », arrêtes tout de suite cette lecture. Au mieux tu vas faire une crise d’asthme. Au pire tu vas convulser…

C’est tout à fait louable d’aborder la discipline sur un mode convivial et fraternel. Mais là, mieux vaut jouer sur WOODSTOCK. Contre des amis chevelus, pas lavés, aux pieds nus et aux fleurs dans les cheveux. Ou alors, (mais seulement après l’avoir aidé à rentrer son bois), fais le 2/2 avec Charles INGALLS. Après avoir déplié une table derrière sa petite maison dans la prairie. Sa femme Caroline aura en plus préparé une bonne petite tourte pour la pause.

Non, en fait le vrai ping-pong, en compétition, c’est la rencontre de deux chiens galeux.

Et tous les coups sont permis dans cette guerre technico-tactique. Mais surtout, et avant tout, psychologique.

Alors certes tu peux faire montre de fair-play. Saluer tes adversaires, plaisanter sur ta frappe qui finit dans les bâches, et même dire « C’est rien, c’est le jeu !» lorsque ton opposant vient de te faire un coin de table. C’est bien, c’est sport... Mais à la fin tu prends 3/0.

Non, ci-joint un florilège de gestes bas, de situations et d’attitudes minables, mais souvent décisives, pour atteindre le but ultime, le saint Graal : la victoire finale…

Alors oui, on entend déjà les puristes, les défenseurs de la veuve et de l’orphelin, les champions de l’éthique et de la morale, les Martin Luther KING du ping : « Non, la fin ne justifie pas tous les moyens », « On peut très bien jouer au ping-pong et respecter l’adversaire », « Suivez donc l’opuscule -l’esprit pongiste- édité par la FFTT ! », « Ça fait 70 ans que je joue au ping-pong, je n’ai jamais triché ! ». Oui, excuse-nous encore Jean MOULIN. Désolé de faire, encore, l’apologie de la médiocrité. Mais le monde est tellement moche… Et les cimetières de la lose pongiste déjà tellement pleins d’êtres purs et respectueux...

Ci-joint donc le petit guide à l’usage des malotrus et des malpolis du tennis de table.

IDENTIFICATION DES MALOTRUS :

Mais, de prime abord, comment reconnaître les fourbes dans le tennis de table ? C’est simple. Ce sont les seuls à avoir dans leur sac le règlement de la FFTT.

Un petit livre racorni, et usé aux entournures. A force d’avoir été consulté et épluché. Il y a même de nombreuses pages repérées par des post-it fluo. Le félon connait le règlement par cœur et s’engouffre dans ses failles. Dans les situations extrêmes il est même capable d’inventer de nouvelles règles, en lisant entre les lignes. Et il les énumère avec tellement d’aplomb, et sur un ton juge-arbitraloïde, que tu n’oses pas le contredire.

L’ARRIVÉE DANS LA SALLE :

 

Le malotru ne salue personne. Pas de contact physique avec l’adversaire. Il est hygiéniste.

Et ne sait pas ce que la paume de leurs mains a pu tenir juste avant. Ni ce qu’elle a pu torcher.

Et puis aucune raison de sympathiser avec des type qu’on est venu éventrer.

L’ARRIVÉE DANS LES VESTIAIRES :

- Direct, passage dans les WC du camp adverse. Pour y déposer une pêche. Tchernobylisation des opposants. La guerre peut aussi être olfactive. Raison pour laquelle, pas de tirage de chasse d’eau non plus : le fourbe est économe de la consommation d’eau sur la planète terre.

- Les baskets sont encore pleines de boue du match de foot d’hier. Pas grave : on les tape sur les murs pour retirer le plus gros. Les gars de l’entretien se chargeront bien du ménage.

- Vidange vésicale avant d’entrer dans l’arène. Les urinoirs sont un peu petits, difficiles à viser. Heureusement il y a toujours le mur à côté.

 

L’ENTRÉE DANS L'AIRE DE JEU :

- Il fait trop froid. Oui, le malotru a souvent un thermomètre dans son sac. Plainte auprès des adversaires. Mais il n’y a plus de température minimale requise pour jouer. Pas grave, demande tout de même de rapport et de consignation écrite auprès du juge-arbitre sur la feuille de match.

- Le sol est glissant : encore une salle de gueux sans Taraflex. Exigence immédiate de serpillières humidifiées, avec les bouteilles d’eau des adversaires. Si pas de serpillière dispo, la serviette du capitaine adverse fera l’affaire. Ce petit pédiluve sera bien utile ultérieurement pour faire disjoncter le gars en face. Nous y reviendrons.

- L’aire de jeu n’est pas règlementaire. Oui le fourbe a un mètre-ruban dans son sac : ça n’est pas parce qu’on ne joue pas en N1 qu’on n’a pas le droit à la surface adéquate : 12 mètres de long, 6 de large et 4.5 cm de hauteur ! Alors qu’en dessous de la nationale le règlement ne stipule queutchi. Mais tu ne le sais pas. Donc obligé de pousser les sépas, et d’en rajouter. Si pas possible, pas de problème : demande de rapport et de consignation écrite auprès du juge-arbitre sur la feuille de match. Pour des prunes. Mais ça fait bosser le JA. Il est là pour ça.

- La table est nulle. Quelques éclats. On oblige les adversaires à aller rechercher dans la réserve une nouvelle table. Pliage/dépliage/Transport : toujours bon pour leur échauffement physique.

- Dommage, maintenant la surface de jeu n’est pas plane. Oui le malpoli a également un maître-niveau dans son sac. Même refrain : ça n’est pas parce qu’on ne joue pas en Nationale qu’on n’a pas le droit aux conditions de jeu adéquates. Obligé de régler les pieds de la table jusqu’à ce que la bulle se glisse pile au centre du repère. Le curseur « énervement » des adversaires est désormais à 75%.

-  La tension du filet ne convient pas non plus :  il est aussi tendu qu’une peau de zob. Appel de l’arbitre. Tentative de retension,  puis finalement changement de filet. Toujours ce travail d’orfèvre sur les nerfs adverses.

L'ÉCHAUFFEMENT :

- A l’extérieur le fourbe demande à jouer sur l’une et sur l’autre table de la rencontre comme bon lui semble. Sans croiser.

A domicile par contre il ne donne qu’une seule des deux tables à l’équipe adverse. Et seulement 15 minutes avant le début de la rencontre.

Effectivement l’article II.105 l’y autorise...

- Pendant les deux minutes d’échauffement il colle des grosses tatanes sur toutes les balles. Il est là pour échauffer son top frappé.

Pas pour faire de la régul. Ni pour préparer le peintre en face.

On n’est pas à l’entrainement !

LA FEUILLE DE MATCH :

C’est très compliqué.

Car le malotru ne veut ni commencer, ni finir, ni se farcir le meilleur d’entrée, mais ne jouer qu’en perf, et ne pas rejouer direct après le double…

Malgré 20 ans de ping-pong, il n’a toujours pas intégré que cette position n’existait pas.

Et donc, ça discute toujours longtemps….

LE TIRAGE AU SORT :

Qu’il gagne ou perde le tirage, le malpoli prend la balle et la balance loin dans les sépas de l’adversaire : « Tiens je te la donne ! ». L’autre voit ainsi tout de suite qui va être le bonhomme à la table.

LA RENCONTRE :

Quel que soit le déroulé de la rencontre, le malotru va commenter chaque point. L’art de la guerre, c’est avant tout l’art de la parole. Surtout quand la rencontre va prendre une mauvaise tournure: « Je ne comprends pas, je suis meilleur que lui et je perds ! ». Ou : « Je ne vais quand même pas perdre contre cette brêle / cette buse / ce gars de la COTOREP / ce mongolien /…. ». La liste est non limitative, tu peux y rajouter nombre d’insultes ordurières, sexistes ou racistes.

- Il ne prend pas la peine de se baisser pour ramasser la balle et la rendre à l’adversaire. Il shoote direct dedans. Vaguement en direction du camp adverse.

- Arrivé à 5 à la belle, il n’oublie pas de flatuler avant de changer de côté. Pour que l’adversaire, tout de suite moins fringuant, redémarre dans des vapeurs nauséabondes de méthane.

LE GAIN DE TEMPS :

Le fourbe adore prendre son temps, pour récupérer physiquement ou pour faire mijoter l’adversaire :

- entre les échanges : en faisant trois fois le tour de l’aire de jeu, en petites foulées s’il est svelte et sportif. Ou en marchant s’il a un physique plus pierreménèsoïde. De même il va prendre le soin de s’humecter la plante des pieds sur la serpillière près de la table arbitrale, lentement et consciencieusement, entre chaque échange, surtout s’il mène de deux ou trois points.

- avant de servir : en s’essuyant la paume de la main sur le fond de table, les avant-bras près du filet, parfois accompagnées de quelques génuflexions Ovchtaroviennes (mais là aussi, encore faut-il avoir le degré de souplesse et le physique requis).

- au service : en faisant rebondir 25 fois la balle par terre. Ou en marquant plusieurs temps d’arrêt dans le lancer.

Si tu as le malheur de lui faire la remarque, la réflexion fuse instantanément : « Ohé, ça va, on n’est pas en Nationale Jan-Owe WALDNER ! ». Ah bon, parce que jusqu’alors dans le déroulé de la rencontre, on avait cru…

LES BALLES-FILET OU BALLES-COINS DE TABLE :

- Quand c’est pour lui le malotru ne s’excuse pas. Et balance un « Tchooo ! », un « Tcholéééé », ou « Normal, c’est le jeu », « Tchouu, c’est justice, j’avais pris l’initiative !».

- Par contre quand c’est pour l’autre, c’est forcément inadmissible et scandaleux. Et donc ce point sera ponctué de « Mais quel gros chatteux/cocu/bâtard/enc… ». Là encore le listing de qualificatifs est infini.

LE TEMPS MORT :

Il est classiquement utilisé quand un joueur est en difficulté, ou quand il commence à sortir du match tactiquement et/ou mentalement. Mais non, le gros con lui, l’utilise comme une arme de destruction massive. Juste pour déstabiliser mentalement l’adversaire.

- Avec la spéciale temps mort / fin de temps mort dès que le gars en face a atteint son camp ou saisi sa bouteille d’eau. Il utilisera ainsi ce précieux temps mort à 1/0 au premier set. Ou à 10/4 pour lui à la belle. Pour mieux savourer le moment.

- Il adore également utiliser le « contre-temps mort ». Son adversaire ayant demandé temps mort, revenu à la table, juste au moment de servir, il hurle « Nouveau temps mort ! ». Et repart tranquillement vers son camp, avec la démarche nonchalante et satisfaite du Patrick MONTEL du ping.

LES DEUX BALLES :

C’est assez simple.

- Quand la deuxième balle arrive dans un camp, ou dans l’autre, si le fourbe a marqué le point, c’était forcément après la conclusion de l’échange. Donc point pour lui.

- S’il avait perdu le point, les deux balles c’était obligatoirement avant la fin de l’échange. Donc à remettre.

Oui, ça peut discuter longtemps. Mais en cas de litige le félon est inflexible. Le ping-pong c’est l’affrontement de deux mauvaises fois. La sienne est en acier galvanisé. Il ne cèdera jamais. Le point sera pour lui. Au mieux le JA t’obligera à le remettre. Et ça signifie d’ailleurs que le point, initialement, était vraiment pour toi.

LA BALLE SUR L’ARÊTE OU LE CÔTÉ DE LA TABLE :

Grand classique. Si le point était pour le malfaisant, forcément elle touche ; ou alors la balle a eu un mouvement remontant après l’impact sur l’arête.

Si le point était pour l’adversaire, forcément il n’y pas eu contact, ou alors sur le côté, et elle a eu une trajectoire descendante...

Là aussi, ça peut argumenter et palabrer longtemps. L’issue sera la même que précédemment.

LE SHOOTAGE DE SÉPA OU DE TABLE :

Le fourbe sait se maîtriser dans l’aire de jeu si le JA est présent.

La peur de la sanction.

Donc pas de débordement ni de bris matériels.

Par contre, bien à l’abri dans les vestiaires, la porte des chiottes ou un lavabo peuvent faire les frais de sa frustration. Sur le parking ça peut également être le rétro de la voiture de l’adversaire.

L’EMBROUILLE :

Quand deux gros cons s’affrontent, forcément ça peut s’envenimer et monter dans les tours.

Mais le malotru connait ses limites, surtout physiques. Et sait s’adapter à toutes les situations.

Si ça commence à chauffer mais qu’il joue contre un jockey ou un gamin de 12 ans, il sortira de sa tranchée et montera à l’assaut : « Qu’est ce qu’il y a ? Tu veux qu’on règle ça dehors, sur le parking ? »...

Par contre s’il rencontre un tronc d’arbre de 2 mètres de haut et 1 mètre de large, dépassant le quintal, il mettra en avant le fait qu’il est un apôtre de la non-violence. Que si le gars lève la main sur lui il sera banni à vie de toute les salles de ping, et que bon, … quand même…, il y a un juge-arbitre !

LA FIN DU MATCH :

En cas de défaite, le malotru peut ne pas serrer la main de l’adversaire. Ou alors, contraint et forcé, il peut délivrer une main molle et flasque, dédaigneuse...

En cas de victoire il peut par contre la crier haut et fort dans l’aire de jeu, avec des mouvements victorieux ridicules vers les tribunes, et te checker rapidement la mimine.

L’APRÈS MATCH :

- S’il a perdu, c’est rapide : le malotru part direct sans saluer personne.

- S’il a gagné, forcément, à l’apéro, il critiquera la date de péremption du paquet de chips, ainsi que la température de la bière.  

Mais bon, tout le monde s’en fout.

Personne ne l’écoute, ni ne trinque jamais avec lui.

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